Overblog Tous les blogs Top blogs Jeux & Jeux Vidéo Tous les blogs Jeux & Jeux Vidéo
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Balades Cosmiques

critiques bc (cinema)

Retour à Silent Hill : la critique

4 Février 2026, 01:00am

Publié par Norrin Radd

Retour à Silent Hill : la critique

Peut-être avez-vous suivi l’énorme shitstorm – comme disent les jeunes – entourant Retour à Silent Hill. Depuis sa sortie, le film cumule les pires notes, les critiques assassines et le bashing des fans de SH (mais aussi des autres) sur les réseaux sociaux. On sait tous comment ça marche : il suffit d'un premier tir pour entraîner un effet de meute. Mais une telle haine - le mot n'est pas trop fort - est-elle méritée ?

Allez savoir pourquoi, peut-être par esprit de contradiction, mais devant tant d'injustice j'avais envie de me faire l'avocat de la défense. Comme d'habitude, ça va spoiler un peu.

Vingt ans plus tard, retour à Silent Hill

Development hell

Revenons un peu en arrière, pour mieux comprendre la genèse de ce projet. En 2006, Christophe Gans adaptait le premier épisode de la saga vidéoludique Silent Hill. Cette relecture d'un jeu culte, où un homme cherche sa fille dans une ville déserte, fut mal accueillie à l’époque, avant de connaître la reconnaissance plus tard. Le réalisateur prenait en effet quelques libertés en échangeant le personnage d’Harry contre une femme, en optant pour une narration parallèle entre ville « normale » et ville maudite, ou en faisant intervenir des personnages seulement présents dans la suite (Pyramid Head, les nurses…).

Il s’agissait donc bien d’une réinterprétation, respectant néanmoins l'esprit de Silent Hill avec ses références freudiennes (unheimlich, Éros et Thanatos…). Cependant, aucun fan du jeu n'ignore que les créatures du jeu sont directement liées à la psyché du personnage. Utiliser les démons de James pour tourmenter une femme ne souffrant d'aucune névrose apparut donc à leurs yeux comme une hérésie.

Gans avouera plus tard qu’il rêvait déjà d’adapter Silent Hill 2 à la manière d'un thriller psychologique (cf. Rosemary's Baby, le Locataire ou l'Échelle de Jacob). La « mode » du film d’horreur de l'époque imposait toutefois un certain rythme à base de jump scares. De même, le studio exigeait un personnage masculin, d’où la présence d'un montage parallèle avec une enquête brisant l’immersion. Le premier film avait donc valeur d'exposition, avec un peu de fan-service, et en cela il remplissait très bien son office.

Vingt ans et beaucoup de déboires plus tard (dont la mort de son producteur), Christophe Gans n'a réalisé qu'un film (la Belle et la Bête). Un concours de circonstances lui a enfin permis de tourner le Silent Hill 2 dont il rêvait (ou cauchemardait), mais doté d'un financement pour le moins réduit (moins élevé que le premier film, hors inflation). Une longue préparation d'un an lui a toutefois donné l'assurance pour réaliser cette suite avec un budget rikiki.

James dans son enfer personnel

OK, mais c'est si mauvais que ça ?

Passons rapidement en revue les reproches adressés au film : une intrigue confuse, ça n'est pas le même James que dans le jeu, ça fait pas peur, ça fait cheap, les effets spéciaux sont datés… Soyons honnêtes : avec un budget deux fois moindre que le précédent film, Gans évolue dans le domaine de la série B horrifique. Néanmoins, les premières critiques ressemblent à des attentes déçues d'une adaptation littérale du jeu. Or Retour à Silent Hill, tel Silent Hill, est une réinterprétation. L'ensemble évoque un film crypté, difficile à appréhender à la première vision, et qui mérite une certaine réflexion.

James devient ici un artiste un peu arrogant, il est vrai sans rapport avec le personnage amorphe et "pleurnichard" du jeu. Rappelons toutefois qu'on ne sait pas grand chose, sinon rien, de la personnalité de James avant son arrivée à Silent Hill. Hors le but d'une adaptation consiste à développer, approfondir, éclairer les zones d'ombre. Gans prend donc le parti de nous exposer son James, tel qu'il était avant d'être brisé par la mort de sa femme. Il va même plus loin en nous dévoilant sa rencontre avec MaryLa ville, personnage à part entière, nous est même présentée du temps de sa splendeur, en plein jour. Le film révèle ainsi toutes les scènes off du jeu, où il s'agit d'être actif en dirigeant un personnage, et non de se faire raconter une histoire en étant passif. A média différent, approche différente.

Insane in the brain

Il convient de préciser ici que Silent Hill 2 repose sur un concept entièrement indépendant du premier, et ce qui est valable pour le jeu l'est pour le film. Il s'agit sans doute là du plus grand quiproquo ayant entrainé la vindicte d'une petite communauté de gamers toxiques. Il concerne un aspect de la personnalité de James, révélé lors d'un twist final dans le jeu, et plus évident dans le film.

Clairement : James est cinglé, et les créatures qu'il rencontre sont la représentation de cette folie. Voir James s'engouffrer dans un escalier vers le bois de Silent Hill fait penser à la descente aux enfers de Dante. Ou plutôt d'Orphée, puisqu'il est ici question d'un homme parti chercher sa femme en enfer. Sauf que cet enfer est intérieur. D'ailleurs, peut-être aurez-vous remarqué que les changements d'environnement commencent toujours depuis son corps… Autre hypothèse : il est mort, enfermé dans la boucle temporelle d'un purgatoire. Cette lecture est assez claire dans le remake du jeu (on y trouve un cadavre habillé comme James, doté d'une carte permettant de progresser). Souvenez-vous de l'accroche du trailer : "You live here, now…".

Il s'agit donc d'un mindscape. L'histoire d'un homme fou ou mort piégé dans son propre esprit matérialisé par un lieu, à la manière de l'Echelle de Jacob ou Shining (dont le labyrinthe est ici repris). Cela, Gans l'a parfaitement compris. D'ailleurs, James ne semble pas avoir conscience du temps, ou du fait que la petite amie qu'il cherche soit morte. Quand Mary lui demande depuis combien de temps elle est malade, il semble perdu et ne sait pas quoi répondre… Notez au passage que l'introduction du film annonce la couleur. Au volant de sa voiture, James emprunte en effet un virage à 180° indiquant qu'il revient systématiquement en arriere, juste avant sa rencontre avec Mary.

Silent Hill : une histoire de boucle

Difficile, dans cette optique, de comprendre les critiques concernant la confusion de la narration. L'intrigue progresse logiquement et inexorablement, entre expositions et flash-backs (présentation du James d'avant, rencontre avec la Mary d'avant, exposition du Silent Hill d'avant, apparition de Sophie Davant (désolé), puis du James "auboutdurouleau" d'aujourd'hui, découverte de la lettre, retour au Silent Hill d'aujourd'hui…). Le but n'est pas tant de relater une intrigue que de faire progresser la folie de James. Gans définit lui-même son œuvre comme un "cauchemar éveillé", davantage qu'un film d'horreur.

Mais pourquoi James est-il appelé par sa psy en pleine exploration de Silent Hill, en brisant ainsi l'immersion du spectateur ? Plusieurs critiques ont trouvé cette intervention ridicule. Mais imaginez une seconde un James en plein délire dans un cabinet médical, face à une psychologue essayant de le ramener à la raison ! L'image en kaléidoscope et le dialogue ("This is getting out of control, I need you to go home") sont assez explicites.

James prisonnier de sa démence

Miroir, mon beau miroir…

Visuellement, Gans n'a rien perdu de sa technique et multiplie les mouvements de caméra, là où le premier film était plus statique. Mais surtout, il joue beaucoup sur des effets de miroir, histoire de nous renvoyer au concept d'Alice à Travers le Miroir. Reflets omniprésents, répétition des mêmes plans dans le Silent Hill d'avant et d'aujourd'hui… Car répétons-le : le Silent Hill d'aujourd'hui est une projection de l'esprit malade de James, un reflet déformé de l'endroit qu'il a connu. Autrement dit, un off-world situé derrière le miroir. Il y répète les mêmes gestes effectués durant sa "vie normale" (le nettoyage du miroir), tel un fantôme ignorant qu'il est mort.

La thématique du miroir et du reflet, un gimmick omniprésent

Une esthétique volontairement grotesque ?

Par conséquent, l'aspect onirique, surréaliste et absurde reproché à certaines scènes est un peu un non-sens. Il ne l'est pas plus qu'un rêve fiévreux, ou le délire d'un schizophrène. L'explication est peut-être un peu facile, nous avons abordé les problèmes de budget… La scène où James découvre une femme ressemblant à Mary avec une vieille perruque entasser des sacs de sable dans un cimetière est, en effet, ridicule en soi. Que cherche-t-elle à faire ? À endiguer la folie qui submerge l'esprit de James ?

Reconsidérez-la maintenant en la voyant comme l'hallucination d'un psychotique, ou le souvenir d'un mort : la symbolique est forte, et la représentation de la réalité altérée… Notez au passage que ces sacs ressemblent étrangement à l'oreiller avec lequel James a étouffé Mary dans le jeu.

Une vision onirique sortie d'un mauvais rêve

Tout cet aspect grotesque, grand guignolesque du film, peut ainsi (selon moi) être mis sur le compte du délire d'un schizophrène dépressif, ou d'un spectre ressassant le passé. Si j'osais, je ferais une comparaison avec l'esthétique kitch de Total Recall, qui n'est "en réalité" que la représentation d'un rêve discount acheté par Quaid. Ou bien avec l'Échelle de Jacob, grande inspiration de Silent Hill, tant le lien est évident.

Alors certes, James voit Mary partout avec des perruques de carnaval, ou une petite fille sinistre trainant une poupée non moins sinistre… Mais à voir ses peintures, son univers mental semble "limité" et son imaginaire assez réduit. Autant dire que le mauvais goût de James se reflète dans ses visions.

Mary vue par James

Et Freud dans tous ça ?

Autre reproche : le film est moins subtil que le jeu. Certes, Silent Hill 2 est un jeu psychologique difficile d'accès. Il aura fallu des années aux joueurs pour comprendre le double-visage "maman/putain" de Mary, le fait que Pyramid Head soit le double de James (dans le film, il ne l'attaque pas mais le protège de la femme-araignée), ou que les infirmières sexy représentent sa frustration de mari abstinent (James passait son temps à les côtoyer dans l'hôpital de Mary, et ses fantasmes le font culpabiliser).

Maintenant, vous savez.

Certains passages, comme l'apparition de l'Abstract Daddy ou le concept de boucle temporelle (référence au Locataire de Polanski), sont en effet plus explicites. Gans va même jusqu'à nous prouver que Pyramid Head est bel et bien James. Tous les fans de SH savent en effet qu'il incarne sa culpabilité, représentée par la lourdeur de ses pas et de l'épée qu'il traîne comme un boulet. Nous savons que son apparence provient d'un tableau que James avait vu jadis à Silent Hill. Dans le premier film, Gans l'utilisait différemment comme symbole phallique, un prédateur sexuel pourchassant deux femmes.

Le réalisateur a d'ailleurs avoué vouloir faire un film accessible aux spectateurs qui ne connaissent pas le jeu. L'explication du fonctionnement de Silent Hill ou l'apparence des créatures - rappelons-le, des projections de l'esprit de James - s'en trouvent donc plus démonstratives.

Pyramid Head : symbole phallique dans le premier film, et symbole de culpabilité dans le second

Monster parade

Notons, en parlant des monstres, qu'ils sont entièrement conçus en "solide" (costume et maquillage). Aucun CGI, et reconnaissons qu'ils donnent lieu aux scènes les plus angoissantes du film. Les nurses sont glaçantes, sans parler de l'horrible Abstract Daddy déjà évoqué qui surclasse celui du jeu au niveau du dégoût qu'il inspire. La femme-araignée est d'ailleurs une référence directe à Wicked City de Yoshiaki Kawajiri, et non à the Thing comme beaucoup pensent. Le Pacte des Loups comportait déjà plusieurs plans repris au maître de l'animation japonais.

Sur ce plan, reprocher au film d'être trop sage et de ne pas faire peur relève un peu de la mauvaise foi, à moins d'être blasé.

Ne cherchez pas la référence, la voilà : la Cité Interdite, Yoshiaki Kawajiri (1987)

Il faut sauver le soldat Gans !

Retour à Silent Hill a donc été perçu comme un film où un type déambule dans des rues désertes et des couloirs. La plupart du temps, il ne se passe rien et on s'ennuie. Parfois, des créatures où des personnages improbables surgissent de nulle part dans une intrigue décousue, en forme de puzzle. Par ailleurs, les dialogues sont assez peu crédibles, et ne sonnent pas vraiment naturels.

Eh bien, si je voulais provoquer, je dirais que ça définit assez bien le jeu original (d'où la nécessité de "combler les trous" avec des flash-backs). Tout au plus peut-on reprocher à Gans d'avoir interprété les personnages et les situations à sa guise, et des choix artistiques parfois douteux liés à la limitation de budget.

Cependant, soyons clair : la façon dont est dépeinte l'entrée de James dans Silent Hill relève plus de la masterclass que du nanar. Gans prend le temps, impose son rythme, refuse de céder à la facilité et, qu'on le veuille ou non, cette entrée en matière dans la ville maudite est une parfaite retranscription de ce que l'on est en droit d'attendre d'une adaptation. Ce rythme lent et quasiment dénué de musique, en rupture avec les normes du genre, n'a sans doute pas aidé à la bonne réception du film.

La trinité maudite

Ce brillant plaidoyer étant maintenant terminé, soulevons quelques sujets à débattre.

Laura, la petite fille (qui a l'air ici très grande) n'est pas censée être un enfant sorti d'un conte macabre. Elle incarne l'innocence, et aide le joueur à comprendre qu'un personnage dénué de culpabilité n'a rien à craindre à Silent Hill. Elle est ici un avatar de Mary, et sa poupée semble-t-il une référence à un avortement ou une fausse couche. En l'état, elle fait surtout penser au personnage de Newt dans Aliens.

En outre, Gans a cru bon de transformer Angela en un autre avatar de Mary. Or ce personnage distinct possède sa propre storyline (tragique) et mérite d'être traité à part. Il semble cependant qu'il ait voulu transposer son trauma (un inceste) à Mary, pour faire d'elle la figure centrale de tous les personnages féminins.

Maria, dont on a beaucoup moqué la perruque, est une version sexualisée de Mary. Une autre expression de la frustration de James. Gans a expliqué son aspect "lisse" par sa volonté de faire d'elle un être irréel, une sorte de poupée, un être artificiel comme les androïdes de Blade Runner.

Au cas où on ne l'aurait pas compris, l'apparition d'une pierre tombale citant toutes les identités de Mary (Laura/Angela/Mary), soit les différents traumas de sa vie (enfance/adolescence/âge adulte) nous le démontre. Elle figure d'ailleurs sur la liste des griefs des fans de SH.

Selon cette logique, on ne trouve pas d'habitant ou de visiteur à Silent Hill (à part Eddie). Les étrangers n'ont pas leur place dans la psyché de James, puisqu'il ne les connaît pas ! James n'y rencontre que les visages symboliques de Mary. Les représentations de ses traumatismes qu'il « porte en lui », en plus des siens. Cependant, comment peut-il connaître ces traumas ? Nous savons qu'il a enquêté sur sa vie (d'où l'importance des flashbacks), il s'agit donc probablement de l'idée qu'il s'en fait.

Enfin, pourquoi exploiter le lore du culte de la ville, et faire de Mary une adepte sacrificielle ? Pour apporter une explication au voyage halluciné de James, on l'a bien compris (là où le jeu s'en passe). Pour apporter une touche de thriller psychologique, façon Rosemary's Baby. Et, accessoirement, pour faire le lien avec les précédents films. Mais encore une fois, Retour à Silent Hill s'adresse à une large audience souhaitant obtenir des réponses à ses questions avant le générique de fin.

De plus, l'intrigue étant relatée du point de vue de James, on peut se demander s'il n'a pas inventé cette histoire tordue, pour justifier son acte. Il est d'ailleurs persuadé que Mary lui a demandé de l'achever, alors que cela n'est pas le cas dans le jeu… On sait le subconscient capable d'occulter des traumas, et de réécrire le passé pour protéger un esprit de la folie. Le passage de l'hôpital est très troublant…

Bref, Christophe Gans a voulu faire de Mary l'axe central de toute l'intrigue en la rendant omniprésente. Et le fait est que, dans l'esprit malade de James, elle est partout, et paradoxalement il ne la reconnaît pas (une référence avouée à Sueurs Froides). Elle est la mère (Marie) et l'amante (Marie-Madeleine) guidant son chemin de croix, son calvaire.

Notons que, dans le jeu, on n'en sait pas plus sur Mary que sur James. Si Gans s'était contenté de l'adapter bêtement, sans doute lui aurait-on reproché de ne pas développer les personnages…

Qui es-tu, Maria ?

En conclusion…

En toute sincérité, j'ai trouvé ce Retour au Silent Hill au niveau du premier film, et plus radical. Il n'est plus question de raconter une histoire, mais de plonger dans les méandres de la folie d'un homme. Gans s'applique à brouiller les unités de temps et de lieu pour mieux nous désorienter, d'où cette impression de confusion. En cela, il m'a décidément fait penser à Shining (même si Gans n'est pas Kubrick), qui avait subi le même genre de critiques à sa sortie (histoire et dialogues simplistes). À mon humble avis, il est regrettable et navrant de voir des films d'horreur putassiers à la "morale" douteuse comme Saw ou Terrifier être encensés, et des œuvres plus réfléchies (même maladroites) se faire défoncer de la sorte.

Il est déjà question d'un director's cut, qui viendrait encore approfondir les intentions de Christophe Gans. Je ne sais pas pour vous, mais j'ai hâte de voir ça, et surtout d'entendre le commentaire audio qui expliquera ses choix.

Rien ne sert de fuir, on revient toujours à Silent Hill

Voir les commentaires

Avatar 3 - De Feu et de Cendre : la critique

29 Décembre 2025, 01:00am

Publié par Norrin Radd

Avatar 3 - De Feu et de Cendre : la critique

Avatar 3 prend la suite directe d’Avatar 2, là où Avatar 2 suivait une ellipse laissant le temps à la famille de Jake et Neytiri de grandir. Comme il se doit, dans ce nouvel épisode, les Navis ne tardent pas à se faire réréréattaquer par les méchants militaires. Attention, ça va spoiler un peu.

Les mauvaises langues vous diront qu’Avatar raconte toujours la même histoire. La fuite en avant aux airs d'Apocalypto d’une famille d’indigènes, mis sous pression par une colonisation militaire brutale. Comme toutes les colonisations, à vrai dire... Toujours le même méchant (sous différents aspects) motivé par une haine irrationnelle, et toujours la même bataille finale menée par des militaires obtus qui n'apprennent rien de leur échec.

Par ailleurs, le concept du premier Avatar n'était déjà pas follement original. L'idée d’un étranger adoptant les coutumes d'une tribu jusqu'à l'intégrer est déjà présent dans le Cycle de Mars, DuneLaurence d’Arabie ou Danse avec les Loups. Notons au passage que le film emprunte beaucoup aux cultures amérindiennes, jusque dans les cris de guerre et la "coupe du scalp".

En réalité, cette histoire de lutte des civilisations (industrielles contre naturalistes) a toujours été l’occasion (ou un alibi) de faire découvrir un monde et ses peuplades à un Jake paralysé mais connecté (et donc au spectateur en immersion), à la manière d’un open world. Par conséquent, c'est dans la référence au jeu vidéo, via son titre même ou la connexion des Navis entre eux et à la Nature grâce à leur natte (ersatz de câble USB), qu'il faut voir toute l'originalité d'Avatar.

Après la rencontre avec une autre tribu de Pandora dans Avatar 2, nous découvrons ici qu'il existe des méchants Navis. Une horde de pseudo-Iroquois, menés par une espèce de sorcière incarnant la dualité Eros/Thanatos. En quelque sote, le côté obscur des Navis, un Anakin Skywalker féminin devenu Vador. Avouons-le, un personnage de dominatrix bien sexy et sadique comme on les aime superbement interprété par Oona Chaplin (oui, j'ai eu un crush). Le nouvel enjeu, derrière l'éternelle invasion de Pandora par des militaires, va donc cette fois reposer sur des jeux d'alliances.

Mais Avatar, c'est aussi une histoire de famille. J'avais reproché au second film son aspect film de vacances des 80's, et James Cameron enfonce le clou en s'attardant sur ce groupe d'ados, au final attachant. Si Jake était le premier héros du film, on comprend sa volonté d'avoir laissé ses enfants grandir hors champ pour faire d'eux les éléments centraux des suites, en particulier avec le personnage messianique de Kiri. Les Avatars sont des films d'initiation rituelle, et le rite de Jake étant accompli c'est au tour de ses enfants, y compris les non-Navis (Spider, personnage assez horripilant), d'apprendre à vivre en osmose avec la Nature.

Ce qui nous amène au troisième thème, et le plus important : la Nature. Ou plutôt notre rapport à la Terre. Longtemps considéré comme l'expert du cinéma d'action bourrin (voire un militariste fasciné par les guns), Cameron s'est découvert sur le tard une passion pour la Nature (depuis Abyss, pour être honnête). Une passion ou une obsession, qui le pousse à vivre dans une maison isolée en bois et à ne tourner que des Avatars depuis Titanic (deux autres films sont prévus). Les inspirations issues des traditions chamaniques, effleurées dans les autres films, sont d'ailleurs incroyablement riches, jusqu'à nous plonger à l'intérieur même de la conscience de Pandora avec des scènes hallucinées que n'aurait pas reniées Ian Kounen ou Gaspard Noé.

La saga Avatar est sans doute la plus personnelle de toute sa filmographie, et on note d'ailleurs plusieurs fois le regain d'intérêt de Jake (l'avatar de James Cameron) pour les armes à feu, qui lui paraissent la solution la plus simple pour lutter contre la barbarie militaire. Armes qui, finalement, seront retournées contre lui et les siens. Faut-il voir là un questionnement du réalisateur ? Une façon honnête et sincère de lutter contre ses pulsions guerrières ?

Selon toutes ces logiques, le film est assez jusqu'au boutiste (une qualité selon moi) et se permet ainsi quelques passages audacieux (surtout pour un Disney) : des alliances contre-nature improbables entre ennemis, des trips shamaniques hallucinés sous psychotropes, une référence au sacrifice d'Isaac par Abraham, des auto-références à Aliens, Titanic ou Abyss, une hélice ADN géante reliant la terre au ciel, un clin d'œil à la fin de 2001, et même une pseudo scène de sexe SM sous substances… Le réalisateur n'hésite d'ailleurs parfois pas à briser le quatrième mur, notamment lors d'une scène de rituel, comme si la sorcière s'adressait directement au spectateur.

Bref, pour résumer, même si comme moi vous en avez un peu marre des Avatars, et que ça dure 3h17 (faites pipi avant), Avatar 3 c'est un truc à voir. Le film n'est pas pour autant parfait. Comme nous l'avons évoqué, le personnage du Colonel est assez caricatural et ses motivations trop basiques (mais pourquoi est-il aussi méchant ?). En outre, malgré sa détestation (on peut même parler de racisme) envers les Navis, il n'hésite pas à avoir une relation avec ce qui le dégoûte. Spider est agaçant, avec ses airs de surfeur californien au parlé djeun. Le rythme est assez mal équilibré, trépidant en première partie mais accusant des longueurs en deuxième partie. Enfin, la narration est parfois confuse, on ne sait plus trop où on en est dans les intrigues parallèles.

Sinon, je n'ai pas abordé la forme, mais sachez que visuellement le film est juste dément. Textures, expression des visages, effets d'ombre et de  lumière, représentation de l'eau, du feu… La technologie de Wetta ne cesse de progresser, et enterre tous les films Marvel.

Voir les commentaires

The Running Man : la critique

23 Novembre 2025, 01:00am

Publié par Norrin Radd

The Running Man : la critique

The Running Man est la seconde adaptation d’un roman de Stephen King, paru sous son pseudo des débuts (Richard Bachman). La première (1987), signée Paul Michael Glaser (Starsky) et avec Arnold Schwarzenegger, est restée dans les mémoires pour les mauvaises raisons, en tant que nanar kitch.

The Running Man appartient au genre de la satire, et plus particulièrement au registre du « jeu mortel », bien avant Hunger Games et Squid Games. Un exercice extrêmement difficile à maîtriser, car il joue aussi bien sur le plan de la critique sociale que de la caricature, avec un effet de loupe grossissant les tares de la société. Rares sont les réalisateurs à y exceller, si ce n’est quelques génies comme Stanley Kubrick (Orange Mécanique), Paul Verhoeven (Robocop) ou Kinji Fukasaku (Battle Royale).

À l’évocation de ce thème, et de sa spécificité (le jeu télé), on ne peut éviter la comparaison avec le cultissime Prix du Danger (1983). Cependant, vu le contexte de science-fiction surréaliste (un peu daté) du roman de King, la force évocatrice penche inévitablement en faveur du chef d’œuvre d’Yves Boisset, qui reste terriblement d'actualité en terme de critique sociale. Ce film, adapté d’une nouvelle de Robert Sheckley (the Price of Peril, 1958), s’avérait en effet bien plus visionnaire et réaliste que l'histoire de King, et donc impactant. À contrario du Running Man grotesque avec Schwarzy en pyjama, cette fable urbaine se révélait déjà terrifiante dans sa froide description d’un jeu télévisé sans pitié, à peine extrapolé par rapport à notre époque.*

Edgar Wright semblait tout indiqué pour la tâche, de par sa capacité à traiter avec une maestria visuelle des films parodiques, dans le respect des genres abordés (le film de zombi avec Shaun of the Dead, le policier avec Hot Fuzz…). Doté d’un sense of humor très british digne des Monty Python et d’une maîtrise technique certaine (il a d’ailleurs longtemps été associé au Ant-Man de Marvel), le réalisateur avait le profil parfait pour cette histoire menée à cent à l’heure sur fond de lutte des classes. En outre, son origine anglaise lui permettait d’avoir un certain recul par rapport à un concept inspiré des shows de télé-réalité américains.

Ça commençait pourtant mal, avec des trailers dénaturant le propos du film, vendu comme une sorte de comédie déjantée dans la continuité de ses autres films. The Running Man n’est en effet pas censé être une histoire drôle, mais la fuite en avant d’un homme traqué par des psychopathes. Le début du film ne rassure pas davantage, avec une exposition peu subtile extrêmement lourdingue : un chef de service antipathique, une petite fille malade, pas d’argent pour les soins, une chaussette de bébé perdue, et tout le pathos imaginable… Promis, je ne m'inscrirai pas à The Running Man ! Sortez les violons ! Heureusement, le recrutement du candidat arrive sans tarder, et l’histoire s'accélère alors pour trouver rapidement son rythme (effréné), qui ne ralentira pas avant le final.

On peut alors constater qu’Edgar Wright a compris les deux facteurs essentiels à ce type de film si particulier : la nécessité d’un rythme trépidant sans baisse de régime, et une mise en scène collant à la « formule TV ». Dans cet exercice, il excelle, et on a véritablement l’impression désagréable de regarder une émission télé de mauvais goût. Wright multiplie les clips façon MTV, les fausses pubs à la Robocop, les parodies de trash TV en mode Kardashian family, n'hésite pas à briser le quatrième mur (quand l'acteur s'adresse à la caméra) et s'amuse comme un fou en tirant à balles réelles sur un monde cathodique devenu une parodie de lui-même, en forçant à peine le trait pour souligner sa médiocrité (cf. l'animateur suintant la suffisance et l'hypocrisie). Tout est spectacle et manipulation, les règles du show changent en fonction des évènements pour obéir à la seule règle d'or valable, celle de l'audience. Il recycle ainsi les codes du jeu vidéo (notamment le RPG) en relatant une histoire scriptée par la production, laissant assez de latitude au joueur pour lui donner une impression de liberté.

Dans cette optique, il exploite assez habilement les possibilités offertes par la technologie actuelle (drones, IA, deep fake…) pour utiliser les candidats de Running Man comme des pions sacrifiés au dieu Audimat, orientant l'opinion du public comme le font certaines chaînes d'"informations" en pointant du doigt des boucs émissaires, victimes exutoires pour tous les frustrés de la société. Une méthode bien connue pour détourner le regard des vrais responsables.

Écrit en 1982, The Running Man décrivait un futur tel qu’on l’imaginait dans les années 80. Cette précision explique un reproche que l’on pourrait adresser au film, où le « monde de demain » est en réalité un présent alternatif au nôtre. Le contexte surprend ainsi par un pouvoir démesuré accordé à une télévision omniprésente (alors que plus personne ne regarde la TV aujourd’hui, mis à part Madame Michu) et une absence d’Internet et des réseaux sociaux (si ce n'est l'émission dissidente du résistant, diffusée on-ne-sait-où). Il fait mouche, en revanche, dans la description d’un marché du travail sans pitié et déshumanisant, et à une stigmatisation du prolétariat et des chômeurs (qualifiés de « parasites » à plusieurs reprises). À lire certains commentaires sur les réseaux sociaux (dans notre réalité), on imagine sans peine qu’une telle émission trouverait des volontaires pour traquer ses candidats…

The Running Man échoue donc sur certains points, notamment au niveau du charisme du héros et de ses motivations noyées dans le pathos. Edgar Wright n’est pas très bon, et change constamment de registre émotionnel sans raison logique, si ce n'est pour nous faire comprendre qu'il est UN HOMME EN COLERE ! C'est assez gênant, dans une intrigue où tout repose sur l'identification au héros et l'empathie. Gérard Lanvin était cent fois plus efficace à ce niveau dans le Prix du Danger, tant il donnait l'impression de véritablement jouer sa vie.

Le film souffre également de quelques problèmes dans sa gestion de l’espace et du temps (on saute parfois du coq à l’âne). Les chasseurs semblent ainsi se téléporter d'un point A vers un point B en traversant le pays, surgissant cinq secondes après avoir repéré leur cible…

Enfin, le discours social est décidément trop appuyé, trop caricatural. C'est un peu le risque encouru avec la satire : dépasser la limite. La population est bienveillante envers Richards, du moins les pauvres (comme s'il existait une solidarité de classe, c'est bien connu !), les rednecks de l'Amérique profonde sont forcément des traîtres, et le discours moralisateur à la "petite bourgeoise" est d'une lourdeur abominable (elle est complice du totalitarisme car elle porte un foulard de grande marque). On repassera pour la subtilité.

Il réussit en revanche sur le reste, surtout au niveau de la forme et de l'action. La Traque est omniprésente, et ne lâche pas d’un pouce un personnage auquel on est malgré tout forcé de s’identifier. Ben Richards exploite son expérience de prolo et multiplie les subterfuges pour y échapper alors même que le réal' utilise tous les moyens imaginables pour traduire l’observation, le contrôle et la manipulation d’une chaîne TV qui semble plus influente que l’État lui-même. Les scènes d'action, portées par une musique dans l'esprit 80'S/90's sont véritablement réussies, et c'est bien le moins qu'on attendait de ce type d'histoire. Mieux : elles surprennent. On s'y attend, mais leur déroulement ne se passe jamais comme prévu, et ces petits tours de passe-passe renforcent l'identification à un personnage constamment sur le fil du rasoir. Dommage que les trailers spoilent la plupart d'entre elles...

Hélas, le final est assez décevant, voire même incohérent. Le twist est sympathique, car cohérent avec la logique du "on ne peut pas gagner contre la chaîne". Néanmoins, dans l'épilogue, et sans spoiler, on y retrouve ce problème récurrent de gestion de l'espace et du temps, quand plusieurs évènements incompatibles sont censés se dérouler simultanément. En outre, sur le fond, tout cela paraît un peu trop fleur bleue, alors même que l'on nous a exposé par A + B que le network manipulait le public à sa guise et qu'il gagnait quoi qu'il arrive, tant que le programme était ponctué de violence. À quel moment Ben Richards devient-il subitement un Che Guevara capable de se téléporter n'importe où tel un super-héros ?

Mais ne vous y trompez pas, j'ai pris un réel plaisir devant The Running Man, du moins pendant la période du jeu, du recrutement au "décrochage" du héros. Il y a sans doute de quoi s'inquiéter, car je dois être la cible idéale du programme…

 

* On y voyait des "traqueurs" exploser un chômeur à coups de rame avant de l'exhiber comme un trophée, alors que sa femme assistait au supplice en direct sur le plateau de l'émission.

Voir les commentaires

Fantastic Four - First Steps : la critique

3 Août 2025, 00:00am

Publié par Norrin Radd

Fantastic Four - First Steps : la critique

Pendant longtemps, on considérait à Hollywood qu’il serait ridicule d’adapter stricto sensu les super-héros, par essence hauts en couleurs, sur grand écran. Le costume jaune de Wolverine ? Vous rigolez… Une combinaison en cuir noir sans masque serait bien plus « crédible ». Galactus ? Un géant en armure mauve avalant une planète ? Mais bien sûr !

Les super-héros devaient apparaître réalistes, un non-sens en soi, et correspondre aux codes contemporains alors que la plupart sont issus des années 60, du moins concernant Marvel.
Et puis Deadpool est arrivé. Super-héros barré évoluant dans un cadre où tout est possible, son univers pouvait se permettre de montrer un Colossus métallique plus vrai que nature, un Fléau au casque arrondi, ou récemment un Wolverine masqué avec un costume jaune. Et tout le monde a pu constater qu’ils n’étaient pas ridicules, loin de là.

Les films Fantastic Four firent les frais de cette politique de modernisation en modelant à coups de burrins un contexte naïf propre aux sixties pour le faire coller aux années 2000, en transformant Susan Storm (une WASP) en latina, ou en conférant au Dr Doom une armure métallique organique… Quant à Galactus, à peine osait-on le représenter en vortex aux airs de rectum menaçant la terre.

Fantastic Four – First Steps a la grande qualité d’assumer ce que sont les 4 Fantastiques, de leur nature même (une famille) à leur environnement (les années 60) et leur aspect physique. Curieusement, Pedro Pascal devient même la plus crédible des incarnations de Red Richard, avec sa maladresse dissimulant un esprit calculant en permanence toutes les éventualités possibles. La Chose reste un ours mal léché dissimulant sa timidité et un grand coeur, tout en ressemblant physiquement à la brique près à la version de John Byrne. Johnny Storm est évidemment insupportable, et on émettra juste un bémol sur le choix de Vannessa Kirby en Susan Storm. Bref, tout cela ne peut que faire vibrer la fibre nostalgique des plus âgés.

Très vite, on remarque ainsi que la grande force du film réside dans la roublardise – dans le bon sens du terme – de son script. Comment exposer, en 2025, une famille aussi « ringarde » ancrée dans les sixties ? Comment expliquer qu’un génie plus brillant que Tony Stark n’ait jamais été cité dans le MCU ? Comment introduire tout ce petit monde, plus Galactus et Dr Doom, indispensables au prochain Avengers – Secret Wars, dans ce MCU ? Très simple : nous sommes ici dans un monde rétrofuturiste parallèle !

Le film a l’intelligence d’expédier assez rapidement l’origin story des FF pour entrer dans le vif du sujet : leur fils. Car, sans spoiler, c’est bien Franklin Richards qui sera au cœur de l’intrigue. Nous voyons ensuite débarquer assez rapidement le Surfeur – pardon, la Surfeuse – d’Argent, à qui Julia Garner apporte toute son élégance, dont on peut expliquer le changement de sexe par un semblant d’idylle avec la Torche (qui donne par ailleurs lieu à de bien belles séquences). L’argent contre le feu, donc.

Je ne vous apprendrai rien en révélant que celle-ci annonce Galactus venu bouloter la Terre, mais pour une raison moins habituelle que sa simple faim… Le film bascule alors brutalement du ton léger de la comédie à celui, cauchemardesque, de la tragédie.

Le côté old school du film fonctionne donc du feu de dieu, sur le fond et sur la forme. L’aspect désuet des rapports familiaux, les costumes, l’utilisation des pouvoirs, les prouesses technologiques accomplies par Red malgré une science vintage (on en est encore au 33 tours, mais on voyage dans l'espace !)… Mais surtout dans l’aspect de Galactus, fidèle dans ses moindres détails au design de Jack Kirby sans paraître absurde. Le Dévoreur de Mondes est titanesque, dans tous les sens du terme, et occupe une bonne partie du film au travers d’une longue séquence d’action phénoménale aux airs de Godzilla. L’usure de son armure, la texture même de sa peau censée avoir traversé des milliards d’années et les températures extrêmes de l’univers nous font croire à ce qui ressemblait longtemps – à tort – à un projet ridicule : faire prendre vie à Galactus.

Le film se clôt – toujours sans spoiler – par une nouvelle astuce scénaristique, qui permet aux FF de réaliser l’irréalisable tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour la suite. A ce propos : restez jusqu’à la fin du générique. Un méchant peut en cacher un autre.

Voir les commentaires

Joker - Folie à Deux : la critique

6 Octobre 2024, 00:00am

Publié par Norrin Radd

Joker - Folie à Deux : la critique

Peut-être avez-vous lu ou entendu, ici ou là, des avis mitigés concernant ce Joker : Folie à Deux. Pour ma part, autant vous dire tout de suite que je l’ai trouvé à la hauteur du premier film.

L’intrigue prend sa suite directe. Arthur est incarcéré, dans l’attente de son jugement. C’est en prison qu’il va faire la rencontre, par un concours de circonstances, d’une autre détenue. Il s’agit bien sûr d’Harley Quinn.

Sur le fond, Folie à Deux parvient à surprendre (dès son intro... étonnante), car cette histoire n’est pas tout à fait celle à laquelle on s’attendait. Dans cette espèce de Silence des Agneaux sauce DC, Harley semble en effet davantage influencer Arthur que l’inverse. La conclusion nous apportera un semblant d’explication à cette drôle de relation, qui ne relève finalement pas de l’origin story. Qui manipule qui ?

Todd Phillips reste un esthète et, sur la forme, Folie à Deux s’avère aussi beau dans sa photo sinistre que Joker. Joaquim Phoenix renouvèle sa performance, paré d’une maigreur affolante, et Lady Gaga n’est pas en reste, dans son rôle de groupie psychotique. Sa maîtrise du chant et de la danse apporte un plus aux délires fantasmés d'Arthur, qui donnent lieu à de jolies séquences de comédie musicale.

Ce concept s’impose d'ailleurs assez naturellement car bien amené, par petites touches. Quelques notes de musique, des personnages qui chantonnent... avant de passer à des shows hauts en couleur. On comprend toutefois assez vite que tout ce barnum ne se passe que dans la tête d’Arthur, afin d’échapper à l’enfer de l’univers carcéral.

Le film s'oriente dans sa deuxième partie vers un genre très américain : le film de procès. L'enjeu consiste à savoir si Arthur est responsable de ses actes. On l'aurait espéré un peu plus fou, avec un Joker prenant le pouvoir et dézingant tout le tribunal, mais au final il sert surtout de prétexte à une relecture du premier film via ses témoins. Le soufflet retombe, le Joker se dégonfle comme un ballon de baudruche.

MÉGA SPOILER

Dans la conclusion de Folie à Deux, Todd Philips nous confirme qu’il n’a jamais eu l’intention de raconter les origines du Joker. Il souhaitait en réalité aborder la question des problèmes mentaux et de l’absence d’empathie dans nos sociétés modernes, à la façon d’un Martin Scorsese.

Dans la dernière scène, nous voyons ainsi un détenu suriner Arthur. Ce jeune homme à l’air juvénile nous est montré via quelques plans durant le métrage, toujours souriant, visiblement fasciné par Arthur. Il finit par se tailler un sourire sur le visage, dans le flou de l'arrière-plan après avoir "tué le père", qui agonise au premier plan.

Arthur n’est donc pas le véritable Joker. Il renonce d’ailleurs à sa double personnalité en plein procès, au grand dam d’Harley. Celle-ci n’était finalement qu’un alibi à sa vengeance sur une société qui l’a martyrisé.

Le vrai Joker est, lui, un réel psychopathe. Son jeune âge laisse à penser qu’il s’agit bien de la némésis qu’affrontera Bruce Wayne, encore enfant, plus cohérent qu’un Joker quarantenaire. Un authentique fou influencé par un mentor, donc. L'apparition d'un Harvey Dent, alors substitut du procureur, très jeune également, accrédite cette thèse. Les verra-t-on dans le prochain The Batman ? Le film se déroulant de nos jours, et Joker dans les années 80, ce serait étonnant. Notons d'ailleurs que la chronologie des films Batman est assez chaotique.

Folie à Deux apparaît finalement comme un travail de déstructuration, de déconstruction du premier film, un peu comme l’a été Matrix : Resurrections avec la trilogie, ou la dernière saison de X-Files. La boucle est tristement bouclée, et laisse à penser que nous avons assisté à un théâtre de faux semblants. Cela ne plaira pas à tout le monde, sûrement pas aux fans de DC. Après s'être identifiés à Arthur, sans doute espéraient-ils voir le Joker s'affirmer et semer le chaos dans Gotham comme l'Épouvantail dans Batman Begins. Au lieu de ça, Arthur retourne à la case départ, et son histoire finit comme elle devait se terminer : mal. Un peu comme lorsque Lana Wachowski nous montre Néo dans un miroir, pour dévoiler un geek bedonnant perdant ses cheveux. Voilà qui nous renvoie à la réalité, et ça fait mal.

Todd Philips nous aura finalement adressé un joli pied de nez en nous amenant sur une mauvaise piste, comme l'aurait fait le Joker. Au fond, il adresse une douche froide à tous ceux qui ont vu dans le Joker un héros, un révolutionnaire prêt à déboulonner le système. Il n’y a pas de Joker, juste un malade mental produit par une société inhumaine dénuée d'empathie, et le système restera tel qu’il est, et il y aura d'autres Arthur. Décidément, je ne peux m’empêcher de repenser à Matrix : Resurrections...

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>