007 First Light : le test
The name is Bond
First Light n’est pas – loin de là – une première adaptation de la saga James Bond. On se souvient tous du cultissime Goldeneye (1997) sur N64, sans oublier les plus anecdotiques Nightfire (2002) ou Bons Baisers de Russie (2005). La dernière, 007 Legends, date de 2012, et n’a pas vraiment marqué les esprits.
Le studio danois IO Interactive (Hitman) a finalement récupéré la licence pour reprendre à (double) zéro la saga, avec une origin story où Bond n’est pas encore au service de sa majesté. Un choix audacieux, car le personnage a été créé en 1953. Dans sa première apparition (Casino Royale), Bond vient tout juste d'obtenir son matricule 00 (autrement dit : son permis de tuer), et entame sa première mission officielle. Il est donc "déjà en poste".
Bond avant 007
En choisissant de commencer son jeu avant l'intégration de Bond au MI6, IO s'autorise une certaine latitude pour exploiter les zones d'ombre du passé de 007. Mais à quelle époque situer ses aventures ? Explorer la période de la Guerre Froide en 2026 sentirait un peu le réchauffé (sans jeu de mots), et situer l'action de nos jours entraînait certaines incohérences.
Qu'à cela ne tienne, le jeu reprend naturellement le background de Bond en l'adaptant à notre époque. Pour autant, le lore reste tout à fait respectueux du personnage : enfance d'orphelin, classes dans la Royal Navy, cicatrice sur le visage… Mais le réinterprète dans un contexte où le monde a changé, et où l'IA occupe une place prépondérante.
Il est d'ailleurs question d'un ancien programme abandonné de doubles zéros, et le grand ennemi du jeu est un certain 009, preuve que le matricule 007 a déjà été attribué par le passé... Ce nouveau Bond prendrait-il la succession d'un ancien Bond décédé ?
Du Bond pur jus
Rassurez-vous : Bond reste politiquement incorrect, et le choix de Patrick Gibson est parfait pour retranscrire son attitude impertinente et rebelle, relevant plus du sale gosse immature que de l'arrogance. First Light assume totalement son Bond, jusqu'au sublime générique d'ouverture assurant la transition entre l'intro jouable et son intégration au MI6.
IO Interactive a la bonne idée de nous faire vivre l'entraînement de Bond sous la forme d'un tutoriel, où les passages répétitifs sont traités de manière très cinématographique, à l'aide d'ellipses. Le joueur a ainsi l'impression de contribuer à la naissance d'une légende, encore inexpérimentée, plutôt que de nous mettre dans la peau d'un professionnel sans failles. Et ça fonctionne.
La galerie bondesque n'est pas en reste, et vous aurez bien sûr l'occasion de rencontrer la team. Tout le monde est là, de M à Q en passant par Moneypenny, mais les visages changent. Ce qui, en soi, n'est pas choquant : le casting est très variable dans la longue liste de films composant la saga.
Hitman, les meurtres en moins
Logiquement, le gameplay s'appuie beaucoup sur l'observation et l'exploitation de l'environnement, la récolte d'informations, l'infiltration… Il n'est donc pas étonnant que les concepteurs d'Hitman aient été choisis pour reprendre une licence basée sur l'espionnage. L'action n'est pas en reste, avec des combats étonnamment brutaux où il est possible d'exploser (littéralement) les adversaires contre n'importe quel élément du décor, qui en subit les conséquences immédiates. En clair : on peut tout casser.
Notons au passage que l'action ne se limite pas à l'infiltration et à la bagarre. Le jeu propose les inévitables poursuites en voiture, plutôt bien conçues (les voitures tiennent la route), et des combats dans tous les environnements possibles. Dans ces moments-là, le jeu lorgne davantage du côté d'Uncharted et son action WTF plutôt que de Hitman.
Bourrin ou subtil, make your choice
On n'espérait pas moins : il est évidemment possible de choisir un mode opératoire pour chaque mission. Le jeu est peut-être un peu trop dirigiste en vous donnant, du moins au début, une fausse impression de liberté. Certains passages scriptés sont indispensables à la progression de l'histoire, et on a parfois le sentiment d'être amené là où les développeurs l'ont prévu, comme si une pancarte clignotante nous indiquait qu'il faut grimper sur telle gouttière…
Toutefois, les possibilités d'action restent très variées. Ecoute discrète de conversations pour récolter des indices (rappelés dans le menu, si vous les oubliez), diversion, bluff, bagarre… Sans parler des inévitables gadgets de Q, dont une montre (Omega, évidemment) permettant de scanner et d'influencer l'environnement. Il va de soi que vous aurez accès à de nouveaux gadgets à chaque mission, de quoi motiver votre progression. Avec tout ça, il est bien sûr possible de recommencer chaque mission en utilisant des biais différents.
Les fusillades sont assez difficiles, car Bond n'est pas un tanker suréquipé d'armes lourdes. Vous devrez vous débrouiller avec un pistolet, et un chargeur. Or vos ennemis sont souvent nombreux, et supérieurement armés. Vos abris ne durent pas bien longtemps, et ils n'hésitent pas à vous envoyer des grenades pour vous déloger. Vous n'aurez donc pas d'autre choix que de récupérer les armes des adversaires, ce qui est loin d'être évident lorsque vous subissez un feu nourri. Heureusement, comme dans tout jeu vidéo qui se respecte, les méchants prennent le soin de stocker des barils explosifs un peu partout. Quelques gadgets, comme les fumigènes, les mines ou les lasers vous permettront également de vous sortir des situations délicates. Vous êtes James Bond, apres tout.
Where is Bryan?
Il est peut-être temps d'aborder le gros problème du jeu : l'absence de doublage en français. Dans First Light, Bond est encore en formation. Il n'est pas encore un loup solitaire, et doit faire équipe avec ses collègues. La communication par oreillette est primordiale. Or suivre une cible dans la foule tout en lisant les sous-titres peut parfois s'avérer compliqué, et complique inutilement les choses. L'absence de doublage pour un jeu de si gros calibre reste inexplicable… Surtout dans la mesure où la France possède un vivier d'excellents doubleurs et doubleuses.
En outre, les temps de chargement sont un peu longs, en tout cas sur PS5.
Un jeu ou un film ?
Le gros point fort de First Light reste le travail fait sur le narrative design. L'univers est respectueux et cohérent, les personnages sont charismatiques, le rythme global et l'enchaînement des missions adoptent un ton résolument cinématographique. Les rebondissements, réguliers et imprévisibles, risquent de vous provoquer des sueurs froides.
En outre, les prouesses techniques sont parfois bluffantes, même si on les avait déjà constatées dans la saga Hitman. Décors superbes, effets de lumière, foule composée de dizaines de PNJ… Le fond et la forme associés donnent l'impression de participer à un véritable film interactif sans temps morts.
C'est la même… chanson
Et c'est là où le bât blesse. On finit par avoir l'impression de suivre le script d'un film sans réellement influencer l'histoire. La progression est un peu trop téléphonée, et le jeu surligne en permanence les actions à accomplir pour passer à la suite, comme dans un interminable tutoriel (mention spéciale aux flèches blanches sur la tour de l'antenne, qui nous indique où monter).
Dans sa dernière partie, le rythme faiblit et le jeu donne une impression de remplissage. On passe son temps à errer dans des couloirs à chercher des cartes magnétiques. Heureusement, quelques séquences originales viennent relancer l'intérêt du joueur (la séance de snipe guidée, le labo de Q...). Malheureusement, la fin vous laissera sur votre… faim, avec le sentiment d'avoir accompli "tout ça pour ça ?". Une cinématique de 2mn, où Bond se voit attribuer son matricule, vient en effet clore l'histoire sans que les intrigues ne soient bouclées.
C'était court mais bon
First Light est un jeu court (une quinzaine d'heures), essentiellement basé sur son histoire originale. Vous n'aurez donc pas nécessairement envie de le refaire une fois terminé, à moins de vouloir explorer les différentes façons d'accomplir une mission. Il en ressort une aventure alternant les scènes élégantes et nerveuses d'un film James Bond, où le héros s'en tire toujours miraculeusement face à des adversaires parfois un peu à la ramasse. Ne venez pas y chercher le réalisme d'un Hitman, où le moindre regard de travers fait échouer une mission. Une chose est sûre : vous ne vous ennuierez pas (sauf à la fin).
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