Pendant longtemps, on considérait à Hollywood qu’il serait ridicule d’adapter stricto sensu les super-héros, par essence hauts en couleurs, sur grand écran. Le costume jaune de Wolverine ? Vous rigolez… Une combinaison en cuir noir sans masque serait bien plus « crédible ». Galactus ? Un géant en armure mauve avalant une planète ? Mais bien sûr !
Les super-héros devaient apparaître réalistes, un non-sens en soi, et correspondre aux codes contemporains alors que la plupart sont issus des années 60, du moins concernant Marvel.
Et puis Deadpool est arrivé. Super-héros barré évoluant dans un cadre où tout est possible, son univers pouvait se permettre de montrer un Colossus métallique plus vrai que nature, un Fléau au casque arrondi, ou récemment un Wolverine masqué avec un costume jaune. Et tout le monde a pu constater qu’ils n’étaient pas ridicules, loin de là.
Les films Fantastic Four firent les frais de cette politique de modernisation en modelant à coups de burrins un contexte naïf propre aux sixties pour le faire coller aux années 2000, en transformant Susan Storm (une WASP) en latina, ou en conférant au Dr Doom une armure métallique organique… Quant à Galactus, à peine osait-on le représenter en vortex aux airs de rectum menaçant la terre.
Fantastic Four – First Steps a la grande qualité d’assumer ce que sont les 4 Fantastiques, de leur nature même (une famille) à leur environnement (les années 60) et leur aspect physique. Curieusement, Pedro Pascal devient même la plus crédible des incarnations de Red Richard, avec sa maladresse dissimulant un esprit calculant en permanence toutes les éventualités possibles. La Chose reste un ours mal léché dissimulant sa timidité et un grand coeur, tout en ressemblant physiquement à la brique près à la version de John Byrne. Johnny Storm est évidemment insupportable, et on émettra juste un bémol sur le choix de Vannessa Kirby en Susan Storm. Bref, tout cela ne peut que faire vibrer la fibre nostalgique des plus âgés.
Très vite, on remarque ainsi que la grande force du film réside dans la roublardise – dans le bon sens du terme – de son script. Comment exposer, en 2025, une famille aussi « ringarde » ancrée dans les sixties ? Comment expliquer qu’un génie plus brillant que Tony Stark n’ait jamais été cité dans le MCU ? Comment introduire tout ce petit monde, plus Galactus et Dr Doom, indispensables au prochain Avengers – Secret Wars, dans ce MCU ? Très simple : nous sommes ici dans un monde rétrofuturiste parallèle !
Le film a l’intelligence d’expédier assez rapidement l’origin story des FF pour entrer dans le vif du sujet : leur fils. Car, sans spoiler, c’est bien Franklin Richards qui sera au cœur de l’intrigue. Nous voyons ensuite débarquer assez rapidement le Surfeur – pardon, la Surfeuse – d’Argent, à qui Julia Garner apporte toute son élégance, dont on peut expliquer le changement de sexe par un semblant d’idylle avec la Torche (qui donne par ailleurs lieu à de bien belles séquences). L’argent contre le feu, donc.
Je ne vous apprendrai rien en révélant que celle-ci annonce Galactus venu bouloter la Terre, mais pour une raison moins habituelle que sa simple faim… Le film bascule alors brutalement du ton léger de la comédie à celui, cauchemardesque, de la tragédie.
Le côté old school du film fonctionne donc du feu de dieu, sur le fond et sur la forme. L’aspect désuet des rapports familiaux, les costumes, l’utilisation des pouvoirs, les prouesses technologiques accomplies par Red malgré une science vintage (on en est encore au 33 tours, mais on voyage dans l'espace !)… Mais surtout dans l’aspect de Galactus, fidèle dans ses moindres détails au design de Jack Kirby sans paraître absurde. Le Dévoreur de Mondes est titanesque, dans tous les sens du terme, et occupe une bonne partie du film au travers d’une longue séquence d’action phénoménale aux airs de Godzilla. L’usure de son armure, la texture même de sa peau censée avoir traversé des milliards d’années et les températures extrêmes de l’univers nous font croire à ce qui ressemblait longtemps – à tort – à un projet ridicule : faire prendre vie à Galactus.
Le film se clôt – toujours sans spoiler – par une nouvelle astuce scénaristique, qui permet aux FF de réaliser l’irréalisable tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour la suite. A ce propos : restez jusqu’à la fin du générique. Un méchant peut en cacher un autre.